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Blind Journey

J'ai rencontré Ismaël Cosmo, un homme d'origine portoricaine d'environ une cinquantaine d'années, dans la galerie où a lieu le festival et lui ai demandé s’il accepterait de me faire visiter le quartier pendant trois heures alors que j’aurais les yeux bandés. Il a accepté et nous avons cheminé ensemble dans les rues. Je tenais son bras tandis qu’il me décrivait les lieux et les habitudes humaines liées au développement social de son quartier, un quartier qu’il habite depuis 25 ans et qu’il a vu se transformer progressivement, un quartier devenu l’objet d’une « gentrification » abusive. Ismaël Cosmo m’a aussi fait le récit de sa vie alors que nous marchions car, ne voyant pas ce dont il me parlait, je lui posais des questions qui le poussaient à préciser et à développer son récit. Nous avons ainsi naturellement glissé dans les sentiers qu’il emprunte chaque jour et nous sommes retrouvés rapidement dans ses habitudes, ses trajets. Il a rejoint ses amis comme il le fait chaque jour au café, me les a présentés sans que je les aperçoive jamais et nous avons tous parlé ensemble. Le projet Blind Journey était un exercice d’abandon basé sur la confiance. Le fait que ma présence soit aveugle a peut-être permis le dévoilement. En passant du temps à l’aveugle avec un inconnu dans son milieu, dans son monde, on ouvre un espace de réception très particulier qui permet de se livrer comme humain de manière simple et authentique. Après trois heures de déambulation, Ismaël Cosmo m’a ramenée à la galerie. J’ai retiré les lunettes qui m’empêchaient de voir et nous avons discuté de notre expérience pendant plusieurs heures.